
L’homme qui, ce matin-là, se réveille, désorienté, dans une chambre inconnue est à l’évidence âgé. Il ne sait plus qui il est, il ignore pourquoi et comment il se retrouve assigné à résidence entre les quatre murs de cette pièce, percés d’une unique fenêtre n’ouvrant que sur un nouveau mur et d’une porte qui, pour lui demeurer invisible, doit bel et bien exister puisque des “visiteurs” vont la franchir… Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies en noir et blanc, deux manuscrits et un stylo.
Me voilà confrontée à un exercice particulièrement difficile, vous parler de ce livre avec un peu de recul (en clair, sans avoir l'air hystérique...) et sans trop en dire pour ne pas gâcher le suspense.
On va commencer par des recommandations (terrain plus sûr que le compte-rendu) : 1° la quatrième de couverture ne lira pas ; 2° une bonne connaissance de l'oeuvre de PA aura. Pour le second point, chacun fait comme il le souhaite mais j'ai relevé pas loin de 6 références à d'autres de ses oeuvres (et encore en comptant La Trilogie comme un tout). Aussi, le lecteur peu initié va passer à côté de beaucoup de choses, voire à côté du livre. S'il lit la quatrième de couv', il comprendra, nécessairement, de quoi il retourne mais le plaisir de lecture sera très limité et, vu commme l'auteur s'est décarcassé pour prendre du recul sur son oeuvre et faire un beau cadeau à ses fans, ce serait fort dommage...
Après avoir tourné autour du pot, je crois qu'il est temps de me jeter à l'eau (pour ceux qui auraient des doutes, je vous rappelle que ceci est ma critique courte ;-)
Auster nous offre ici un livre absolument génial et jouissif. J'ai beaucoup aimé le titre d'un article trouvé sur le web : « Haven't we met before ? » (les lecteurs du Scriptorium comprendront ...) et l'article de signaler, dès la troisième ligne que ce roman est pour les fans d'Auster. Cela signifie non pas qu'il faut aimer Auster pour aimer cet opus mais bien qu'il est dédié à ses fans (tout en étant une prise de recul et comme un bilan de carrière pour l'écrivain à la soixantaine approchante.
Comme dans tous ses romans (court, on a dit, hein...), on trouve deux histoires imbriquées l'une dans l'autre et proposant une mise en abyme du récit. Celle dédiée aux amateurs m'a particulièrement réjouie, peut-être au point d'occulter l'autre qui est plus détachée et relève non seulement de la critique de l'attitude américaine de toujours (et en particulier celle qu'elle eut envers les Indiens) mais qui souligne aussi, par la même, la question de l'humanité et du côté bestial de l'Homme (comme dans La peau froide de Pinol où l'on se demande « qui est la bête ? »). Auster est donc, même là, toujours dans sa ligne habituelle, profondément engagé. Toujours est-il que l'aspect jubilatoire du livre relève de l'autre histoire, celle dont il est si difficile de parler sans vouloir trop en dire... Non seulement l'auteur a eu une très belle idée de base, mais en plus il l'a fort bien exploitée. C'est, comme toujours, mené de main de maître. Il a adopté un point de vue original sur le travail du romancier et le rapport de celui-ci à son oeuvre. A ce titre, le finale est excellent, dans la droite ligne du raisonnement d'Auster, raisonnement qu'il pousse jusqu'à son paroxysme, comme à son habitude. Ma critique peut sembler un peu « obscure » à qui n'a pas lu le livre mais je tiens vraiment à préserver le mystère. C'est la découverte progressive de ce qu'il en était qui m'a fait pousser des cris de joie et je ne voudrais enlever ce plaisir à personne !
Et, même si comme le disait Essel dans un commentaire à cet article, on comprend les intentions de l'auteur à partir de la page 33 (pour quelqu'un qui a lu son oeuvre s'entend ; un non initié passera la page 33 sans broncher), il n'en reste pas moins que le plaisir reste intact, peut-être même est-il plus fort parce que le lecteur commence à entrer dans une logique d'anticipation tout en ne sachant pas ce qui va suivre. Ca, pour moi, c'est le summum ! On sait que ça s'annonce extra et plein de surprises, mais on reste dans l'ignorance : délicieux !
On retrouve les thèmes chers à l'auteur, notamment le pouvoir des mots, l'enfermement, le personnage manipulé, etc. Le tout dans une intrigue et un style très proche de La Trilogie. C'est de l'Auster « à l'ancienne » comme je l'écrivais en commentaire chez Essel (sur un article dédié à Françoise Lefèvre mais ce n'est qu'un détail ;-) et, là où ça tombe bien, c'est que j'ai toujours eu une affection particulière pour les romans de ses débuts.
Je ne m'étendrai pas sur la question de l'enfermement du « héros » et autres péripéties (c'est difficile de se retenir !). Ce sera pour la version longue mais peut-être n'y-a-t'il déjà plus personne qui me lit encore ... ;-)
A noter que le titre est très bien trouvé (la couverture aussi, finalement, même si, au premier abord, elle a un côté "dégoulinade de gris" peu engageant !)
Actes Sud / 150 pages
Traduction par Christine Le Boeuf
Version bonus sur l'Austerblog [+ avis de Florinette]

Le juge noir Oliver Garland vient de mourir. Patriarche irascible et autoritaire, républicain ultraconservateur dont la carrière fut jadis éclaboussée par un scandale qui lui coûta sa nomination à la Cour suprême, il laisse derrière lui nombre de zones d'ombre et d'ennemis. A-t-il été assassiné, comme en est convaincue sa fille Mariah ? Emporté par une crise cardiaque, comme l'affirme la thèse officielle ?
Si vous cherchez à vous détendre avec une intrigue prenante, ce pavé peut être une bonne option. Il se lit tout seul, est bien mené et on se met facilement dans la peau du héros, même quand on est une femme blanche ;-) L'auteur a à coeur d'évoquer la communauté noire américaine. On sent le vécu derrière certains propos. A ce sujet, le livre apporte un regard intéressant sur un sujet de société sans verser dans la caricature ou dans la rancoeur. Toutefois, l'intrigue rebondit parfois sur des faits ou des personnages dont il a été question très brièvement 200 pages plus tôt et il est devient difficile de suivre, même en lisant le roman presque d'une traite.Certains enchaînements m'ont semblé un peu tirés par les cheveux mais, dans l'ensemble, cela passe bien, du moment que l'on n'est pas trop exigeant. J'avais besoin d'un livre facile et cet ouvrage a tout à fait rempli son rôle. Il est même un peu trop court. On peut regretter que la fin soit un peu bâclée. Après une intrigue partant dans tant de directions et impliquant autant de personnages, on pouvait espérer un finale plus travaillé et mieux maîtrisé. Cela reste un bon bouquin pour les vacances ou les périodes de surchauffe et la signification du message codé faisant référence aux échecs est originale et bien amenée.
Pocket / 982 pages
Traduit par M-G Hovnanian

Sur un îlot perdu de l'Atlantique sud, deux hommes barricadés dans un phare repoussent les assauts de créatures à la peau froide. Opposant civilisation et barbarie, raison et passion, lumière et obscurité, ce roman rappelle que, depuis la nuit des temps, c'est la peur de l'autre-plutôt que l'autre lui-même-qui constitue la plus dangereuse des menaces, le plus monstrueux des ennemis.
Ce premier volume d'une trilogie dont le dernier volet n'est pas encore écrit est assez déconcertant. Parce que Marianne Millon avait rapproché ce livre de l'univers de Somoza, j'avais plongé sans hésiter. Il y a, effectivement, des points communs mais je n'ai pas été tout à fait convaincue par le Pinol, même si c'est loin d'être un livre banal.
Le début m'a semblé effrayant, je m'imaginais très bien à la place du narrateur et je me rassurais en pensant que le narrateur avait nécessairement survécu pour pouvoir nous raconter son histoire... L'atmosphère est très étrange. La réflexion a beau être intéressante, j'ai eu du mal à comprendre tout à fait le projet de l'auteur. La démarche reste floue, presque convaincante certes, mais un peu inachevée. La dénouement ne m'a pas apporté beaucoup de réponses, d'autant plus que j'en avais eu en partie l'intuition.
C'est un livre qui vous prend et il est presque impossible de lire autre chose en parallèle. On veut à tout prix avancer dans l'histoire, voir comment la situation évolue sur cette île minuscule qui devient le centre de l'univers. A découvrir, donc, et, de mon côté, je vais tenter de trouver le second volet (en commençant par retrouver le titre ...).
Babel / 259 pages [sorti en poche le 5 janvier ]
Traduit par Marianne Millon

Impossible de résumer ce recueil de 8 histoires, pastiches de récits de genre. Par exemple, on trouve une bonne vieille histoire de naufrage, une histoire parapsychique, une histoire de plombier, une histoire d'amour filial récompensé, etc.
C'est du grand n'importe quoi et c'est vraiment très drôle ! Pour tuer le temps pendant un cours inutile, c'est absolument idéal, le tout étant d'arriver à rire discrètement ;-) Leacock s'amuse à construire des histoires autour de clichés, forçant le trait avec un humour pince-sans-rire des plus savoureux. A découvrir. Ca se lit très vite et sans faim ! (et merci Florinette pour la découverte ;-)
