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Thé toi et lis ! (blog également fermé)

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Jeudi 24 mars 2005

Pourquoi écrire un journal ? Sans doute et avant tout pour garder trace de certains instants de vie. Pour revenir avec des mots sur ce qui fut vécu et dont il importe de prendre conscience. Afin de l'interroger et de le revivre. Afin de mieux le savourer. Ainsi s'écrivent des notes sur des voyages, des lectures, des rencontres. À quoi s'ajoutent des réflexions sur l'art, sur l'écriture, sur l'aventure de la quête de soi.

 

Difficile de parler de ce livre sans se mettre à nu. En effet, soit on se sent tout à fait étranger aux propos de Juliet, soit on s’y reconnaît. Toute autre possibilité me semble inimaginable. D’ailleurs, Juliet l’écrit lui-même (plus ou moins en ces termes). En évoquant ses interrogations, son cheminement, ses états d’âme, l’auteur touche à l’universel. De même, son côté sincère est particulièrement émouvant. Je le voyais comme un grand solitaire et j’ai été étonnée de ses rencontres avec notamment des lecteurs qui lui écrivent, lui téléphonent pour partager parfois des choses très personnelles. En outre, l’auteur a de nombreuses relations qui l’amènent à se déplacer très souvent. Charles Juliet parle de l’intime, de ce que l’on a (ou pas) à l’intérieur de soi et c’est pour cela qu’il m’a bouleversée. J’ai recopié tellement de paragraphes que j’en ai rempli un carnet. A chaque fois, cela fait mouche, donne un sentiment de proximité, de fraternité comme je n’en ai jamais ressenti. Troublant et merveilleux à la fois ! Si vous êtes sensible aux auteurs de l’intime, qui se cherchent et si vous êtes vous-mêmes dans une telle démarche, ne passez pas à côté de ce Journal si enrichissant …

 

P.O.L. / 285 pages

Jeudi 24 mars 2005

Sur un balcon suspendu au-dessus de l'immensité sibérienne, un petit garçon russe - le narrateur du Testament français - écoute sa grand-mère française, Charlotte, lui raconter le Paris de son enfance. Au fur et à mesure que se déroule son récit, la France émerge de la steppe, telle une Atlantide. Ce continent perdu, le petit garçon le fait sien, comme il fait sienne la langue "grand-maternelle".
Saison après saison. Les vieux journaux sortis d'une malle évoquent la visite officielle de Nicolas II et Alexandra, chaleureusement reçus par Félix Faure. "Les bartavelles et ortolans truffés rôtis" servis aux souverains russes sont des mots mystérieux qui envoûtent l'enfant. Devenu adolescent, la mort, si galante, du président Félix Faure dans les bras de Marguerite Steinheil, enflamme sa libido. Mais les rafles de jolies passantes opérées par l'ogre Beria lui fouettent le sang d'une autre façon. Sa francité obsède le narrateur. Comme une greffe qu'il caresse ou rejette, selon son humeur. Aussi prédisposé qu'il se croie à l'amour et à l'esprit français, certaine violence de tempérament l'amène à s'écrier: "Je suis russe!" Il ne sait pas encore à quel point. 



 Sublime !



Makine nous livre une histoire teintée de nostalgie, portée par un style superbe. Ces correspondances entre la France et la Russie, entre plusieurs époques, entre un mythe et la réalité apparaissent comme autant de facettes de l'écrivain lui-même. En suivant la vie de Charlotte Lemonnier (personnage fort attachant) le lecteur découvre tout un monde mi-rêvé, mi-vécu. Ce roman a beaucoup de souffle, se renouvelle sans cesse. L'auteur maîtrise royalement la langue française et, comme François Cheng, montre que les auteurs de langue française d'origine étrangère offre aux lecteurs de la littérature d'une qualité nettement supérieure à ce que nous propose, hélas, la plupart des français de souche. Un roman envoûtant.

 

Folio / 342 pages

Jeudi 24 mars 2005

Lorsqu’il reçoit une lettre de son meilleur ami, décédé brutalement peu après cet envoi, le narrateur anonyme se souvient de leurs vies et de leur amitié. Il tente, comme le dit joliment la quatrième de couverture de " renouer les fils épars de leur histoire d’amitié ".

 

Bizarrement, il m’est difficile de parler de ce roman, que j’ai tant aimé… Peut-être parce que son charme vient pour beaucoup de la musique des mots qui content cette lente introspection. Cette histoire aurait pu être banale mais l’auteur a su lui donner une tonalité très personnelle qui donne envie au lecteur de s’impliquer… au point que j’ai eu grand peine à admettre, une fois le livre fini, que je n’entendrai plus jamais parler de ces personnages, voire qu’ils n’étaient pas réels ! Une plume subtile qui met à nu les remous intérieurs du narrateur, si humains et universels que l’on ne peut que se sentir concerné par son cheminement. C’est un livre dense mais au style fluide et particulièrement agréable, trop peut-être à mes yeux car j’en oubliais parfois l’intrigue.

Très beau titre qui correspond parfaitement tant à la forme qu’au fond du roman. Un superbe livre qui m’a donné envie de lire toute l’œuvre traduite de Grondahl.

 

Folio / 322 pages

 
Jeudi 24 mars 2005

Thelonius Monk Ellison, romancier noir américain meurtri dans son ego tant le succès n'a cessé de le fuir avec la plus admirable constance, se voit un jour reprocher de ne pas écrire dans un style "assez black". Révolté par le succès phénoménal d'un roman consacré à la rude réalité des ghettos et dépourvu à ses yeux de la moindre qualité, il en écrit, sous pseudonyme, une parodie incisive qu'il incite son agent à soumettre à un éditeur, par défi. Le succès est aussi fracassant qu'immédiat. Mais ce jeu schizophrène reste sans effets sur la vie du "vrai" Monk dès lors qu'il s'agit d'affronter l'éprouvante série de tragédies personnelles et de crises familiales en tout genre qui viennent alors crucifier son improbable existence d'artiste...


Cette lecture m’a plu de la première à la dernière page. C’est typiquement le genre de roman qui rend tous les autres fades, conventionnels, sans âme, tant sur le fond que sur la forme. Le sujet pourrait être terriblement ennuyeux, voire réservé à des intellos capables de comprendre les citations latines qui émaillent le roman. Il n’en est rien ! Certes, c’est un roman brillant où l’auteur fait montre d’érudition dans une construction en patchwork des plus réussies (vraiment chapeau ! En plus du roman initial, l’auteur a inclus le pastiche écrit par le héros ainsi que des " notes " d’idées de roman, des dialogues factices entre personnages connus, etc). Pourtant, c’est aussi une histoire bourrée d’humour (dérision, ironie) qui m’a fait jubiler au point que cela me rendait dingue de devoir abandonner ma lecture pour répondre aux nécessités du quotidien. Mais l’auteur a également réussi à donner une tonalité émotionnelle en nous impliquant dans les états d’âme du héros, dont la vie personnelle n’est pas une partie de plaisir. Ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, c’est la critique du milieu littéraire et médiatique qui élève parfois au rang d’œuvres inoubliables d’immondes daubes… La seule critique que je pourrais émettre concerne la caricature que me semble faire l’auteur en comparant finalement des œuvres obscures (le héros n’a certes pas de succès avec ses bouquins mais étant donné les sujets traités, cela peut se comprendre…) et des bouquins opportunistes. Entre les deux, il y a, tout de même, un choix d’œuvres de qualité.

 

Politiquement incorrect, ce livre est une expérience inclassable et inoubliable !

 

Actes Sud / 366 pages

 

Pour en savoir un peu plus sur l'auteur et son oeuvre, RDV ici.

 
 
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