
La construction de soi
Michèle Petit est anthropologue et sa réflexion sur la lecture est issue d’enquêtes personnelles, de nombreuses références et de son expérience personnelle de lectrice.
Ce livre est intéressant, même si les grands lecteurs trouveront beaucoup d’idées " évidentes ". L’étude éclaire, néanmoins, sur les chemins entre les hommes et les livres et permet de comprendre comment certains rejettent la lecture. Cet essai m’a rassurée sur certains points, notamment le rejet que peuvent avoir les autres envers des lecteurs. Certaines phrases m’ont fait sentir moins seule. Michèle Petit met en avant l’idée que la lecture en tant qu’acte intime pose problème à la société (et en particulier à celle d’aujourd’hui ou l’individuel est suspect et le collectif vivement recommandé). Le lecteur est d’une certaine façon ingérable pour le pouvoir qu’il soit politique ou familial. De même, Mme Petit revient sur les idées préconçues que l’on peut avoir, et les professionnels en particuliers, sur les besoins des populations socialement et/ou culturellement éloignées de la lecture.
J’ai également vraiment apprécié son final sur la lecture et la littérature à l’école. Je me suis parfaitement retrouvée dans ses propos et ceux d’écrivains cités : l’école n’incite pas à aimer la lecture, notamment à partir de la fin du collège. L’esprit est trop à l’analyse, à la dissection d’œuvres et au refus de l’émotion. C’est en tout cas ce qui m’a éloigné des lectures scolaires et avoir confirmation que ce n’était pas un blocage personnel m’a rassurée.
Les bienfaits de la lecture que passe en revue l’auteur peuvent paraître évidents aux lecteurs assidus. Il n’en reste pas moins intéressant de voir comment une professionnelle peut parler avec passion et recul de ce que l’on expérimente chaque jour.
Une lecture intéressante !
Belin – coll. Nouveaux Mondes / 159 pages
" ... certains [mots] dont nous sommes faits, avec lesquels nous avons bricolé du sens, c'est dans des livres que nous les avons trouvés. C'est pourquoi il est si difficile de se séparer de ses livres ; c'est notre être qui est en jeu, c'est notre histoire que nous voyons défiler au long des rayonnages."
"Les rêveurs ou les lecteurs agacent, comme les amoureux, comme les voyageurs, parce qu'on a peut de prise sur eux, ils échappent. On les prend pour des traîtres, des déserteurs. Et l'on ne cesse de les prier de rentrer dans le rang."
L'avis de Cuné qui m'a donné envie de lire ce livre.
