Jeudi 24 novembre 2005

La classe de neige commence mal pour Nicolas ; déjà, son père n'a pas voulu le laisser monter dans le car avec les autres et a tenu à le conduire en personne au chalet, histoire qu'il se fasse bien remarquer. En plus, Nicolas n'est pas du genre à s'intégrer facilement ; or, arrivés la veille, les autres ont déjà pris leurs marques : rien de tel pour qu'il se sente encore un peu plus en retrait. Mais surtout, il a oublié son sac dans le coffre de la voiture de son père, et c'est le début de la torture : sûr que les autres enfants vont se moquer de lui, sûr qu'il fera pipi au lit dans un pyjama qui ne lui appartient même pas, sûr que Hodkann, le chef des enfants, va en faire son souffre-douleur.

Au début, on se dit que Nicolas est un gamin fragile, qui angoisse pour un rien, qui monte en épingle de menus soucis, bref les efforts de l’auteur pour faire monter la tension semblent assez vains. Puis, on se rappelle combien les enfants peuvent être terribles entre eux, rejetant facilement la différence, ne supportant pas leurs confrères maladroits. Mais, jusque là, il n’est au fond question que du malaise d’un gamin qui n’aime pas vraiment la vie en collectivité et qui préfèrerait être ailleurs. Pourtant, quand son père ne rapporte toujours pas le sac oublié dans la voiture, on commence à comprendre qu’il se passe quelque chose de bizarre, voire que Nicolas a raison de se sentir très mal à l’aise. Par petites touches, Carrère nous transmet le malaise grandissant du gamin et étend des zones d’ombres qui font penser que le pire n’est pas loin. L’ambiance, un brin malsaine, m’a rappelé celle de L’adversaire, quand le lecteur sait, sans le moindre doute, que le drame est au coin de la page. Et, en effet, la fin est terrible, même si on devine aux 2/3 du livre ce qu’il en est. Une optique originale.

Folio / 147 pages

Prix Femina 1995

 
 
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