
Un voyageur débarque dans un Sarajevo dévasté par vingt mois de siège. Il descend à l'hôtel H.I. Le lendemain matin, l'homme est retrouvé mort dans sa chambre, victime d'un tir de mortier. Mais lorsque le commandant de La Force Internationale de médiation arrive sur les lieux, le cadavre a disparu, ainsi que son passeport. L'officier retrouve dans les affaires du défunt un carnet vert contenant une dizaine de textes signés "J.G.". Le mystérieux auteur y relate sa propre mort, ainsi que les événements que lui, le commandant, est en train de vivre.
Un livre riche, brillant et très prenant qui m’a étonnée ! Je m’attendais en effet à une histoire " banale " et je m’y étais intéressée en raison du siège de Sarajevo. L’auteur fait preuve d’une grande virtuosité et érudition. C’est un livre sur les limites de la littérature, la manipulation et la guerre aussi, même si finalement on peut penser que celle-ci n’est là que pour servir les autres thèmes. Ce que j’ai le plus aimé est d’ailleurs cet aspect ; l’auteur dénonce l’indifférence des peuples vivant dans la richesse et la paix vis-à-vis de ceux qui souffrent sur le même sol. Goytisolo évoque non seulement la guerre des Balkans mais aussi les exclus de la société, ceux que l’on ne regarde plus ou alors avec mépris. Sa simulation du siège d’un arrondissement de Paris m’a enchantée ! Toutefois l’auteur va plus loin et met en place un jeu de miroir : on ne sait plus qui est le narrateur, s’il est réel ou imaginaire et s’il agit librement ou s’il est manipulé et par qui. Même si au début, le lecteur est un peu perdu à cause des documents divers, écrits (ou supposés écrits) par des narrateurs changeants, cela vaut la peine de poursuivre. Cependant, cela reste un livre d’accès plutôt difficile mais les lecteurs " courageux " ne seront pas déçus. Au cœur du livre, l’auteur nous livre des jeux de mots autour des participants ou " observateurs " du conflit des Balkans qui m’ont beaucoup plu, même s’il m’en reste une poignée à déchiffrer (il n’y a pas les réponses dans le livre). Si vous êtes prêt à vous investir dans un livre étrange et faisant travailler les méninges, lisez-le !
Fayard / 195 pages
