
Je n’aime pas dire du mal des livres d’écrivains que j’apprécie mais je vais avoir de la peine à être positive vis-à-vis du dernier Rémond. L’auteur nous explique sur près de 100 pages comment il a dû renoncer au genre romanesque pour s’apercevoir que le récit était son seul et vrai créneau. Il suffit de lire la quatrième de couverture pour connaître toute la substance du livre. Après sa trilogie autobiographique des plus réussie, Rémond a souhaité écrire un roman pour des raisons diverses mais il s'est aperçu qu'il n'arrivait à rien de correct. L’ensemble est relativement inconsistant. Il y a certes quelques belles et rares réflexions mais elles sont noyées dans une masse de verbiage qui finit par user. Autant je peux comprendre l’intérêt de ce texte pour Rémond lui-même car il lui permet de prendre du recul et d’éviter des frais de psychanalyse, autant pour le lecteur extérieur, c’est trop " personnel ". On a du mal à se sentir concerné par ses questions, au point que l’on peut avoir des doutes sur l’intérêt de publier ce texte.
Toutefois, les 40 dernières pages sont très réussies, simples, dans un ton habituel à l’auteur, claires et directes. Elles sont un condensé du reste et parle au lecteur. J’aurais préféré un livre de 40 pages, certes minimaliste mais d’un véritable intérêt pour les lecteurs des récits autobiographiques de Rémond (à noter que si vous n’avez pas lu au moins un de ces récits, ce livre n’aura aucun intérêt pour vous), plutôt que ces 100 pages, dont la moitié est d’un ennui sans nom. A feuilleter debout chez votre libraire ou à la bibliothèque…
Seuil / 94 pages
* merci My ;-) la honte quand même ! *
Commentaires
Et bien moi j'ai également aimé celui-ci.
Pour ma part, je trouve qu'il s'explique, s'excuse auprès de ses lecteurs d'avoir toujours répondu les mêmes choses aux questions posées, car il avait l'impression de ne plus rien savoir de sa propre vie, trop de vide en lui. Il avait envie de fuir ces trois récits autobiographiques en se cachant dans l'univers du roman pour s'en protéger moralement.
Mais il réalise que ce qui compte vraiment pour lui c'est d'avoir rendu hommage à sa famille, sans ambages ni fiction, avec simplement les mots du coeur. :-p
Je suis d'accord sur le fond mais ce qui m'a déplu, c'est qu'entre la première page et la dernière sa réflexion avait à peine avancée et donc j'ai trouvé que c'était un livre "pour rien". Je comprends qu'avoir mis sa vie dans le domaine public puisse le perturber après coup et qu'il s'en sente un peu dépossédé. Mais ses justifications incessantes m'ont semblé presque déplacées : il n'a pas de compte à rendre à ses lecteurs (et s'il s'agit de se justifier vis-à-vis de lui-même, il n'a pas à rendre ses remarques publiques). Disons que je ne l'ai pas trouvé très bon dans cet exercice ou que mon regard de lectrice c'est senti de trop.
Je comprends ta position, mais disons qu'il m'a touchée d'être si proche de ses lecteurs jusqu'à en écrire ce livre, en expliquant sa fuite pour essayer de se faire pardonner par le plus grand nombre d'entre eux, pas seulement les correspondants, mais ceux qui se sont trouvés face à lui et à qui il n'a pas su quoi dire par lassitude passagère ou qu'il a ressenti qui les avait repoussé par manque de mots, d'explications. Enfin je l'interprète comme ça.
En fait, tu as vraisemblablement raison et je comprends mieux son état d'esprit ! Merci d'avoir explicité ton interprétation ; elle me donne un autre regard sur sa démarche même si je reste convaincue que le livre tourne en rond. J'en attends toujours beaucoup d'un écrivain que j'apprécie ;-)
