
Au moment de passer la frontière de la vieillesse, le veuf anticipa la proximité du carrefour où sa propre existence et la trajectoire du monde bifurqueront à jamais. L'imminence de la fin le conduit à examiner, avec une lucidité dépourvue de tout sentimentalisme et toute nostalgie, les images d'un passé qui disparaîtra avec lui. Juan Goytisolo suggère que toute la beauté du monde se retrouve dans la seule puissance évocatrice de la langue : si la liberté existe, ce ne peut être que dans les livres.
C’est un livre déconcertant, même pour cet écrivain. D’un côté, on devine un fil conducteur ; d’un autre, l’ensemble paraît confus. D’ailleurs, Goytisolo affirme que chaque chapitre pourrait être lu indépendamment des autres. C’est peut-être cela le problème. On en ressort avec un sentiment de puzzle totalement déroutant.
Ce récit est très noir, trop à mon goût. Goytisolo revient sur ce qui fait que nous appartenons à une " race inhumaine ", finalement incapable d’évoluer vers plus d’humanité. Goytisolo est un écrivain engagé, notamment contre les atrocités que nous nous infligeons. Néanmoins, dans ses deux livres que j’ai lus, son engagement n’est pas teinté de ce pessimisme sans fond ; il s’agissait uniquement de révolte. Outre la guerre, l’auteur s’en prend à Dieu (et aux religions) qu’il considère comme un sadique, se réjouissant de voir ses créatures se déchirer (alors qu’une des remises en question de l’existence d’un dieu, serait la survenance de guerres sans être suprême pour y mettre fin). Bref, ce n’est pas réjouissant, en plus d’être parfois difficile à suivre. Pour être honnête, je ne suis pas convaincue par ce livre, même s’il est toujours intéressant de lire des bouquins différents de la masse, qui font réfléchir et même si la façon d’appréhender la vie comme un spectacle (d’où le titre symbole de la fin d’une vie) est intéressante. Pour finir sur une note positive, le style de l’auteur est toujours aussi vif et brillant.
Fayard / 151 pages
Quelques phrases :
"Le livre de sa vie manquait de cohérence : il ne retrouvait que des fragments de page, des éléments isolés ou mal emboîtés, des ébauches d'une trame possible. L'inconsistance des preuves ne lui permettait ni de conclure, ni de se poser en exemple. Le désir de donner une justification postérieure à des événements épars supposait une falsification qui pourrait tromper les autres, mais non lui-même."
"Son écriture n'ouvrait pas de pistes, elle effaçait des traces : lui-même n'était pas la somme de ses livres, il en était la soustraction."
Je remets le lien vers un article de l'auteur au sujet de son dernier titre : ici.
