Vendredi 25 mars 2005

Quoique j'écrive sur ce livre, je ne serai jamais à la hauteur, tant ce roman accumule les qualités. Pourquoi est-il difficile de parler de ce livre ? Parce qu’il m’a tellement plu que je n’arrive pas à mettre des mots sur mes émotions, mon ressenti, mes réflexions et parce que c’est un livre qui parle à l’âme. Essayons quand même …

 

Parce que la passion est la grande affaire de sa vie, Kathleen veut écrire sur le scandale que suscita, peu après la grande famine, la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais. Mais ses recherches la confrontent insidieusement à son propre passé : dans un va-et-vient entre l'Irlande de 1850 et celle de son enfance, elle met en lumière les fatalités de l'histoire, bien loin de découvrir les recettes de cet amour romantique.


 

Ce livre est une symphonie : mélodieux, avec des phrases musicales qui se croisent, se répondent, avec des mouvements complémentaires, du plus contemplatif au plus passionné. L’auteur, chef d’orchestre de talent, possède un sens de la mise en scène évident. Elle entraîne le lecteur dans la vie de Kathleen De Burca (son double ?), héroïne particulièrement réussie, pour laquelle il est difficile de ne pas ressentir d’empathie. L’auteur campe un personnage qui semble réel car pétri de contradictions, de défauts, de doutes : un miroir pour le lecteur, quel que soit son propre vécu. Ce roman a de multiples facettes, représentées notamment par les nombreux questionnements de Kathleen à un tournant de sa vie : d’où viens-je ? Où vais-je ? Ai-je eu raison d’agir ainsi ? etc. et l’on se sent solidaire de cette femme si épicurienne qui s’angoisse de n’être peut-être plus jamais aimée. De même, le retour sur son passé, sur l’histoire familiale est particulièrement émouvant. Nuala O’Faolain a une très belle plume, souvent discrète et simplement au service de l’histoire, mais aussi parfois plus en avant lors de passages par exemple descriptifs (ses peintures de paysages irlandais ou de petites scènes sans paroles m’ont ravie, ce qui en général m’ennuie à périr). L’auteur fait preuve d’un talent remarquable ; elle aborde des thèmes variés, se fait succéder des scènes diverses passées, présentes, des actions et des réflexions, le tout de façon harmonieuse, alternant mélancolie, humour et dérision et sans jamais lasser (sur 700 pages, c’est une gageure !). On plonge littéralement au cœur de l’Irlande et de la vie de cette femme libre et sensible. Au détour de phrases, a priori banales, je restais songeuse et bouleversée par cette faculté de toucher à l’essentiel en un coup de plume. Une très belle rencontre littéraire et un livre qui me hante. Merci Madame O’Faolain pour tout ce que vous m’avez apporté ! A déguster sans modération …

 

Sabine Wespieser Editions / 727 pages

 

 
 
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