
Nous sommes en 2003. Tandis que la guerre en Irak fait rage, l'auteur se retire dans une maison et laisse venir à elle les souvenirs sous forme de mots et d'images.
Ce livre, qui m'a été recommandé par une bibliothécaire est une petite merveille ! L'auteur revient sur des événements marquants de sa vie autour de la Guerre des Six jours qui va bouleverser son existence en l'obligeant à quitter Tunis, où elle est née, pour Paris. Par petites touches, accompagnant ses propos de quelques photos, dont certaines personnelles, elle retrouve ses émotions et nous les fait partager. La nostalgie chez Fellous a un goût de sensualité. L'écriture est fluide, poétique, ciselée. Tout semble couler de source comme si Fellous écrivait comme elle respire : j'ai eu un coup de coeur pour son style ! C'est bon de se laisser bercer par ces images, cette écriture dotée d'un grand pouvoir d'évocation. Je ne peux que vous recommander d'essayer cet écrivain dont on n'entend jamais parler. Quant à moi, je compte lire rapidement Avenue de France (sorti en Folio pour ceux qui voudraient la découvrir à moindres frais).
Folio / 176 pages sort en octobre (merci Alice pour l'info !)
Prix Marguerite Duras 2005
Quelques extraits :
Je fais le tour du paysage. Les jonquilles, les camélias, le voyage des branches de la forêt venues jusqu'ici, le tas de bois, la table bleue qui est restée dehors tout l'hiver, la brouette abandonnée, un briquet sur le banc de pierre.
J'aime tant ce pays. Je ne peux pas encore savoir qu'il ne sera qu'un pays de passage. Les acacias, les grains de mica qui brillent dans le sable, les enfants qui marchent pieds nus, la fougue des couleurs, le calme des feuilles d'eucalyptus qui bougent à peine à peine, les épines sur la route, les grosses bouées noires qui se balancent sur la mer, une barque renversée sur la plage, les bonnets de feutre rouge que portent les hommes à la terrasse des cafés, l'ardeur des visages, l'odeur du lac quand arrive le sirocco, la feuille de menthe alanguie dans le petit verre de thé rouge.
C'était en juillet, nous marchions tous presque nus dans la maison, du sable collé entre les doigts, avec cette odeur si particulière de l'été quand on fabriquait en cinq gestes l'après-midi, persiennes fermées, dalles miraculeusement fraîches, carrés de pastèque déposés entre les glaçons, maillots rincés, essorés et accrochés dans la cour, chuchotements de la conversation. Avec les grands mimosas qui dépassaient de la terrasse, les feuilles de figuiers qui écartaient leurs doigts en frôlant la fenêtre, le bruit du train qui se faufilait dans nos coeurs et scandait nos mémoires.
Ce sont des jours que je voudrais inviter aujourd'hui dans ce roman. Ils sont restés accrochés dans les branches, parmi les autres. Je sais qu'à chaque fois que quelqu'un naît, à la seconde même, tous les jours qu'il vivra viennent se présenter à lui. Ils guettent sa respiration, ils l'honorent, lui souhaitent la bienvenue. Ils restent un moment à voleter dans la chambre, et fouaf, ils disparaissent, dans un bruissement de papillons. Et très lentement, heure par heure, ils reviennent, l'un après l'autre, comme s'ils étaient des étrangers, comme s'ils étaient tout neufs. Je voudrais à mon tour les honorer, entrez, entrez, il y a encore de la place, je vous reconnais. Ces jours portent en eux la même interrogation, le même scénario inexpliqué. Quelque chose d'un arrachement, d'une absence, mais aussi d'une vraie joie d'exister. Et si je les reconnais si vite, c'est qu'ils me poursuivent, ne me laissent jamais en paix, ils se cachent dans ma voix et dans mes nuits. Leur agencement ne relève que du hasard, du jeu, de l'aléatoire, du plaisir.
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