
2006. Dans ce futur dangereusement proche, la représentation des corps ne fait plus recette au sein du marché de l'art, qui cote désormais des toiles humaines. Signées par de grands maîtres, elles sont louées, vendues, manipulées, livrées à tous les regards, à tous les fantasmes. Clara est modèle. Elle rêve d'être peinte par le dieu de l'art hyperdramatique : Bruno Van Tysch. En parallèle, une œuvre de grande valeur a été dérobée et détruite par un mystérieux meurtrier qui officie suivant des rites affreusement artistiques.
Ce roman est sans conteste un énorme coup de cœur ! J’ai été éblouie du début à la fin par la virtuosité de Somoza. Non seulement il a créé un univers imaginaire mais, malheureusement, crédible, mais en plus il en a pensé le moindre détail avec intelligence. Ce livre nous propose la découverte d’un monde aussi fascinant que repoussant (le clair et l'obscur ?) dans lequel s’insert une enquête ; mais il nous invite également à une réflexion philosophique sur l’humanité et son devenir. Ainsi, il combine de façon ingénieuse un roman à l’intrigue attractive et très prenante et de nombreux thèmes, qui sont autant de pistes de réflexion.
Somoza a poussé à son comble l’idée de chosification de l’être humain, puisqu’il envisage que l’homme puisse avoir le statut de tableau mais aussi d’objet artisanal : table, lampe, cendrier, etc. Dans ce monde qui fait froid dans le dos, la mort d’une toile reste la mort d’une œuvre d’art et non celle d’une adolescente, ayant pour " profession " toile. La morale telle que nous nous la représentons est obsolète ; ceux qui pensent encore ainsi sont rares et passent pour des rétrogrades.
J’ai été subjuguée par la capacité de l’auteur à évoquer le parcours d’une toile dans ses moindres détails : sélection, tension, apprêtage, peinture, exposition, vente, entretien, etc. A noter que peindre une toile ne consiste pas uniquement à couvrir un corps de peinture mais bien de s’approprier une personne corps et âme ; peindre, c’est aussi manipuler psychologiquement la toile afin qu’elle reflète ce que souhaite le peintre.
Le lecteur est maintenu dans un état de dépendance tout le long de l’intrigue grâce à une maîtrise sans faille des divers ingrédients. Ajoutons que le style est très agréable à lire.
Rares sont les livres qui ont eu tant d’emprise sur moi.
Un roman d’une grande richesse qui est l’illustration parfaite de la phrase de Rilke placée en exergue : " Le beau n’est que le commencement du terrible ". Un livre qui fait froid dans le dos…
Babel / 648 pages (ne pas se laisser effrayer, ça passe tout seul, si si ! ;-)
Commentaires
Brrr ! Cela fait froid dans le dos. Mais où sont les humains là-dedans.
En tout cas, j'accroche nettement plus qu'avec "La caverne des idées".
Il faut restituer le livre dans son objet propre... Je m'explique. Somoza, dans ce livre, se sert de la peinture comme toile de fond pour un roman policier. Alors, un lecteur est pret a arreter sa lecture parce que l'auteur y denigre les humains au profit de l'art ? Mais se même lecteur arretera t il sa lecture d'un roman policier ou il y a un mort toutes les 30 pages ? Car finallement, il s'agit de cela. Tout comme un auteur policier ne cautionne pas la violence des crimes qu'il decrit, Somoza ne place pas la peinture sur un pied d'estale. Faut séparer le discourt de l'auteur de celui du narrateur...
Pendant la lecture, je me disais : ce nest pas possible que cela puisse exister lhyperdramatique ? Lunivers de la peinture est tellement bien décrit que tout me semblait réel, heureusement quà la fin se trouve la « Note de lauteur » où Somoza explique son imagination.
À moins que cela ne se produise un jour ce marché humain pour lappât du gain et lhyperdramatique portera bien son nom. Une phrase dans le livre le résume : « Quand lart se dissocie de la morale, rien ne va plus. »
Un excellent et copieux bouquin ! ;-D
En tout cas, c'est un livre riche en réflexion !
Il y avait longtemps qu'un live ne m'avait autant remuée! Pourquoi ais-je attendu quelques dizaines de mois pour m'y plonger???? J'ai encore des frissons, d'ailleurs, après avoir tourné la dernière page, j'ai dû aller me calmer devant la finale de foot!!! On se sent plus que jamais dans son époque tant son histoire a de la crédibilité... enfin je ne vais pas faire des redites de vos commentaires... En tout cas, ce livre fait bien réfléchir, et chapeau à l'auteur pour son intrigue policière!
Je te souhaite une excellente lecture avec "Clara", mon préféré à ce jour !

Ce livre m'a non seulement passionnée mais également intriguée. Je me suis longtemps posée la question à savoir si cela se faisait ou non. Je me dis qu'ils ont bien mis des vrais mannequins dans les vitrines de je ne sais plus quel endroit (la fayette ?) pendant un moment, alors pourquoi pas s'imaginer que dans le monde du people, ils n'utilisent pas des vrais personnes en tant qu'oeuvre d'art. Et si cela n'a pas encore été fait, il se peut que ce roman soit un roman d'anticipation. Cela fait peur.
Enfin bon, ce roman est mangnifique et il faut absolument que je lise "la caverne des idées"
Je n'avais pas pensé aux mannequins vivants en vitrine mais effectivement cela rajoute de la vraisemblance à la fiction de Somoza. Je crois que ce travail qu'il a fait sur la crédibilité de ses propos est ce qui rend le livre si effrayant... Et moi aussi, j'ai en projet La caverne des idées (pour bientôt d'ailleurs).