
Le cliché est une " notion ou [une ] locution d’origine artistique, formant image, et qui est répété sans réfléchir". En somme, la répétition d’une image originale conduirait à une forme d’abstraction (le cliché ne veut souvent – toujours ?- rien dire), pour finir dans le ridicule. Bien que l’auteur s’en défende dans une postface très intéressante, j’ai eu la nette impression que ce livre mettait l’accent sur l’aspect ridicule du cliché. L’auteur nous dit que les clichés peuvent être perçus de deux façons : il s’agit soit d’une dégradation du langage (sentiment mis en valeur dans ce bouquin à mon avis), soit d’une sorte de " label littéraire " ; l’auteur se servirait de clichés pour indiquer que son texte s’inscrit dans une entreprise littéraire. Franchement, j’ai été morte de rire tout au long de ma lecture ! L’auteur manie l’humour avec férocité et jubilation : c’est vraiment tordant ! Et quand il considère qu’un " littérateur " utilise ces clichés dans un souci de " label littéraire ", je crois plutôt qu’il s’agit d’un usage pseudo-intellectuel : on ne comprend pas ce que cela veut dire mais " ça fait classe "… L’inconvénient d’une telle lecture, c’est que l’on ne peut s’empêcher de relever les clichés de ses autres lectures (et il finit toujours par y en avoir un). Toutefois, comme le souligne l’auteur dans la postface, l’usage raisonné des clichés est justifié car il fait appel à une imagerie commune et les bannir totalement conduirait à la production de textes d’un dépouillement peu engageant. Enfin, le livre montre bien qu’à force de lire certains clichés, le lecteur les intègre à son langage, et j’en ai relevé une flopée me concernant !
Un livre intéressant, instructif et à effet anti-déprime : un must !
Arléa poche / 192 pages
Extraits :
*acquiescer : 3 manières : d'un battement de cils, d'un mouvement de la tête, d'un geste de la main. L'acquiescement se distingue de l'approbation en ce qu'il doit être marqué, alors que l'approbation peut être silencieuse, ou encore mieux muette. [...] Acquiescer évite la honte du dire oui, et offre en prime l'occasion d'un redoutable défi orthographique.
*bateleur : il n'y en a plus mais ça n'empêche pas d'en parler. Par-dessus tout, elle abhorrait ses manières de bateleur. A regretter également : camelots, maquignons, saltimbanques. Tous mots irrésistibles, avec trois belles syllabes claquantes, comme on n'en fait plus.
*calligraphier : de loin préférable à écrire, surtout au participe. Est calligraphié ce qui est écrit lisiblement. Ce qui n'est pas calligraphié est griffonné (néanmoins on peut le lire). Mot irrésistible, sent bon l'encrier et la plume sergent-major. Tout de même autre chose que le clavier.
*citadelle : la fortification est une pratique depuis longtemps dépassée, sauf en littérature (voir bastion, forteresse, rempart). Entre le militaire et le sacré, toujours grandiose, la citadelle domine. On ne la construit pas, on l'édifie. Une citadelle est inexpugnable : pas besoin de savoir ce que ça veut dire, ce mot parle de lui-même. Accolé à ce mot irrésistible qu'est citadelle, c'est la rencontre de la belle et de la bête.
*contrée : trois types : 1) lointaine ; 2) inhospitalière ; 3) infestée de peuplades hostiles. Encore mieux au pluriel (plus lointaines, plus inhospitalières, plus infestées).
*foncer : une seule manière : tête baissée. Une seule destination : dans le piège.
*outrecuidance : mot irrésistible : trop de syllabes, trop de diphtongues, vraiment il exagère
