Mardi 13 février 2007


Je suis très ennuyée. Cet ouvrage m'a semblé à la fois prodigieusement barbant et plein de petites choses très intéressantes (une petite vingtaine de bouts de papier semés au fil des pages en attestent). En fait, on y trouve trop d'informations. Rapidement, je me suis sentie, submergée, dépassée, à bout ! La lecture en diagonale m'a parue plus digeste et m'a permis de mieux apprécier le livre. Je crois que j'aime Manguel uniquement sur le format court ou sur le format « picorage ». Mais les bouquins tels celui-ci ou encore Une histoire de la lecture me tombent des mains.


Pourtant l'auteur évoque des sujets qui parlent aux lecteurs que nous sommes : le rangement et son corollaire le classement du plus normé (ça m'a rappelé l'histoire des cotes dont nous discutions ici il y a quelques semaines) au plus farfelu (là, j'ai pensé à La maison en papier), l'espace (bienvenue chez les LCA ;-), etc. Il parle également du pouvoir de la littérature et du rapport qu'entretient le pouvoir avec les livres. J'ai regretté qu'il recyle (parfois de façon brute) des textes écrits par ailleurs (voir notamment le chapitre « L'île » qui est un copier/coller de Pinocchio et Robinson...).


Etant bien incapable de faire une synthèse de mon ressenti, je vais donc vous proposer un florilège de morceaux choisis.

Manguel parle par exemple des souvenirs que l'on peut avoir du moment où on lisait tel livre (c'était à telle période, dans telles circonstances, etc). C'est le genre de choses auxquelles je suis très sensible. Il évoque un problème que je rencontre dans le challenge ABC et concernant la lettre servant à classer un auteur, notamment asiatique.

On trouve aussi un rappel des propos de Lewis Carroll sur une façon de limiter la prolifération des écrits : ne garder que la qualité ! Une bonne méthode, à mon sens, pour défricher ses propres bibliothèques...

Manguel parle également d'une certaine tradition qui veut que l'on ait un devoir vis-à-vis des histoires lues, à savoir les transmettre, ne pas les garder pour soi. Cela m'a fait penser aux propos d'Agnès Desarthe quand je l'avais rencontrée. Sa grand-mère disait que « la parole, si elle n’est pas répercutée, tue ».

J'ai apprécié ses propos sur les « bibliothèques mentales » et souscris tout à fait à cela.

J'ai été émue quand il évoque les lectures des prisonniers des camps de concentration et le pouvoir des livres : « Le livre était mon meilleur ami, il ne m'a jamais trahi ; il me consolait dans mon désespoir ; il me disait que je n'étais pas seul » dira un rescapé des camps.

Enfin, Manguel est aussi un « listo-maniaque » à part qu'en plus des listes habituelles que tient tout lecteur passionné, il tient également l'inventaire des livres qu'il aimerait lire mais qui n'existent pas (il faudrait lui proposer un abonnement à la LCA ;-)


En bref, la façon dont « on » (le pouvoir, nous lecteurs anonymes...) traite les livres est révélatrice de ce que nous sommes...


Extraits :


« Une bibliothèque est une entité en perpétuelle accroissement ; elle se multiplie sans intervention apparente, en se reproduisant au fil d'achats, de vols, d'emprunts, de dons,... »


« Dans une bibliothèque, aucune étagère ne reste longtemps inoccupée. Comme la nature, les bibliothèques ont horreur du vide, et le problème de l'espace est inhérent à la nature même de toute collection de livres. »


« Quand j'étais adolescent, je me rappelle avoir observé avec une sorte de fascination horrifiée la façon dont, nuit après nuit, les étagères au mur de ma chambre se remplissaient, apparemment d'elles-mêmes, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un recoin disponible. »


Au sujet de la restauration de la grange qui lui sert désormais de bibliothèque dans la Loire : « dans le parler local, les grosses pierres sont appelées « majuscules » et les petites « minuscules » et, pendant la construction de la bibliothèque, il semblait tout à fait approprié que ces héritiers des poseurs de briques de Babel mêlent dans leur labeur les pierres et les lettres. « Passe-moi une majuscule », se criaient-ils l'un à l'autre, pendant que mes livres attendaient en silence dans leurs caisses le jour de leur résurrection. »


Actes Sud / 335 pages (denses !)

 

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