
Ce recueil de nouvelles est vraiment intéressant. Sur un ton plutôt détaché, le narrateur présente diverses scènes de la vie en Bosnie au temps de la guerre des Balkans.
Il nous prend souvent au dépourvu, notamment avec ses chutes mi-figue, mi-raisin. Il semble nous dire que la guerre est un événement comme un autre, que la vie se poursuit en s'en accomodant tant bien que mal (ce n'est pas faux mais il le présente d'une façon telle que tout mélo est absent de ses propos et c'est assez étonnant sur ce type de sujet).
Il défend son peuple sans paraître patriote au-delà de toute mesure. Il présente les bosniaques comme des otages d'une guerre décidée par d'autres (là non plus ce n'est pas faux ...).
La dernière nouvelle, intitulée La bibliothèque qui évoque la fin des livres dans les flammes touchera particulièrement les lecteurs même si, comme tout le reste du recueil, elle porte un message plus fort et plus profond que les faits en eux-mêmes.
L'ensemble est à la fois déstabilisant et très réussi. Il s'en dégage un portrait de l'humanité bien intéressant et qui dépasse le cadre de la Bosnie, semblant nous dire que les Hommes sont tous les mêmes où qu'ils vivent, quels qu'ils soient...
Babel / 182 pages
J : challenge ABC 2007 (remplace Lidia Jorge, abandonnée...)
Extraits :
« Peut-être ne sommes-nous encore qu'un sac de chair vive qui se nourrit de tristesse, de la nostalgie des petites choses oubliées, et qui, devant les événements importants de l'existence, tressaute comme un moteur sur le point de séteindre. » (La coccinelle)
« Domo, qui vient de rentrer de la première ligne du front, ... a pleuré lui aussi, et pourtant il tire tous les jours sur ceux d'en face. L'âme humaine est sensible, il suffit de savoir pincer la bonne corde. » (Le communiste)
« Je me sens tel un moine qui ne possède rien en propre, riche pourtant de son libre arbitre. » (La lettre)
« Quelqu'un était venu, c'est sûr, avec des canons, des tanks, des avions, pour organiser cette haine-ci. » (La lettre)
« Personne n'aurait pu imaginer qu'après la visite de Mitterand, les choses continueraient à aller aussi mal. Il avait vu et, donc, il savait. Qui savait ne pouvait que souhaiter nous secourir. Quand il fut parti, les profiteurs augmentèrent leurs prix et les tchetniks incendièrent la bibliothèque, brûlant tout le savoir qui y était consigné. Cela signifiait que la vérité n'avait aucun poids. » (La lettre)
« Lorsqu'on a perdu ses illusions sur ce que représentait sa bibliothèque personnelle, on perd aussi celles qu'on avait sur la civilisation du livre. » (La bibliothèque)
« En lisant ces lignes, caresse tes livres, étranger, aie pour eux de la tendresse et souviens-toi qu'ils ne sont que poussière. » (La bibliothèque)
