
Le 11 août 1999 (jour d’éclipse), Rezvani et sa femme Danièle (Lula) se trouvent dans le bureau du neuropsychiatre. Quelques moments plus tard, le médecin pose un diagnostic de maladie d'Alzheimer sur les troubles de comportement dont est atteinte la compagne de l'écrivain. Par cet épisode débute un texte nourri de douleur, d'exigence et de nécessité. Douleur de savoir l'être aimé promis à une lente dégradation. Exigence d'écrire, de témoigner. Nécessité de ramener au coeur de l'oeuvre celle qui l'inspira, qui partagea une existence entière de création.
C'est le témoignage émouvant d’un homme déboussolé et dévoré de douleur devant la dégradation inexorable de la femme de sa vie. Il explique très bien ce sentiment étrange d’être face à l’être aimé tout en étant face à une étrangère ; Alzheimer en effet dénature le malade, change sa personnalité au point d’en devenir méconnaissable. Et les moments de lucidité de Danièle ne sont qu’à peine l’occasion de se réjouir car on devine alors la souffrance qu’elle éprouve à se savoir perdue… Une très belle écriture porte ce texte poignant. Rezvani nous fait partager ses doutes, ses colères, ses découragements et aussi son amour-passion pour la femme qui partagea 50 ans de sa vie (de très belles pages d’amour !!). En vérité, il écrit non pour témoigner mais plutôt à titre thérapeutique, parce qu’il devine que l’écriture est peut-être le seul moyen pour lui de ne pas basculer dans la folie. Les caractères des deux protagonistes sont aussi très intéressants et montrent qu’il y a plusieurs façons de vivre cette maladie.
Il y aurait beaucoup à écrire sur ce livre tant il est riche de sentiments et d’émotions. Il est simplement bouleversant sans que l’auteur ne s’apitoie pour autant sur son sort. En revanche j’ai trouvé la fin trop brutale et laissant un goût d’inachevé.
Actes Sud / 170 pages
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