Lettres à un jeune poète – Rainer Maria Rilke
Une lecture essentielle, qu’il vaut mieux effectuer à l’adolescence car les propos de Rilke sont au cœur de ce que l’on porte en soi à ce moment-là. Cependant, à tout âge, cela reste un chef d’œuvre, un must read. Un livre qui parle de vocation et de persévérance ; deux notions qui semblent aujourd’hui oubliées ou presque dans le milieu littéraire. Mille et une nuits
Les neiges bleues – Piotr Bednarski 
Au cœur du système répressif soviétique des années 40, dans l'antichambre du Goulag, un petit garçon de huit ans tente, malgré les épreuves, de garder l'allégresse naturelle à l'enfance. Ce recueil de nouvelles directement inspirées de l’enfance de l’auteur est à lire ! Des tranches de vies très émouvantes, fascinantes et vraiment pas ordinaires. L'auteur décrit un univers tout à fait étranger : la duplicité nécessaire pour survivre s'accommode d'un regard d'enfant sur la vie. Comme partout les enfants jouent mais ils vivent aussi la faim, les poux et surtout les "disparitions" (envoi au goulag, arrestations, fusillades,...). Bednarski, à travers les yeux de Petia – l’enfant qu’il fut- décrit tout cela avec une sorte de détachement qui dans un effet inverse touche profondément le lecteur. Ed. Autrement
Laissez-moi – Marcelle Sauvageot
Une jeune femme malade, dans le train qui la conduit au sanatorium dont elle ne reviendra peut-être pas, lit la lettre de rupture que vient de lui remettre son amant - et lui répond au nom de cette Vie qu'elle risque de n'avoir plus longtemps à vivre, mais qu'elle persiste à vouloir exempte de toute tiédeur, de tout compromis. L’auteur évoque sa vision de l’amour : absolu et donc sans compromissions. Elle rejette le simulacre d’amitié que lui propose son ancien amant. Elle se moque de sa petitesse, de son étroitesse avec beaucoup d’ironie mais on sent bien qu’elle a été blessée. Ce qui fait la force de ce livre, c’est que l’auteur écrivait pour elle. Sa prose est donc bien éloignée des livres nombrilistes ou l’auteur cherche à " faire beau ", à parler de lui en posant. Ce qui transparaît de ce texte, c’est la force morale de l’auteur. Sa vision de l’amour absolu peut sembler déraisonnable. Et pourtant, n’est-ce pas une merveilleuse leçon ? Phébus
L’inespérée – Christian Bobin
Recueil de onze textes qui disent la beauté du monde, l'amour, la pauvreté mais aussi le mépris de l'intellectualisme à la mode. La phrase qui m’a convaincue d’ouvrir ce livre : " C’est toujours l’amour en nous qui est blessé, c’est toujours de l’amour dont nous souffrons même quand nous ne croyons souffrir de rien. " Que dire qui ne banalise pas ce recueil ? C’est l’union de la forme et du fond. Un style d’une beauté tranquille, d’une simplicité qui tend à la pureté touche le lecteur dès le premier texte. Mais Bobin ne se contente pas d’exercices de style ; chaque phrase est profonde, essentielle. Le texte " Le mal " est d’une force, d’une vérité à couper le souffle. Qu’ils soient des chants à l’amour, à la beauté, ou des chants de révolte, tous ces textes en prose sont en vérité des poèmes. Folio
Et si l’homme devait mourir … - Jean Marie Fonrouge
Paroles d’un médecin réanimateur
C’est un livre sur des situations très concrètes, sur des sujets qui nous concernent tous : la vie, la mort. En même temps, c’est un livre à portée philosophique : l’auteur part de situations qu’il a vécues dans son métier mais il les dépasse, prend du recul et se pose des questions sur le sens des actes des médecins urgentistes ; la vie vaut-elle toujours mieux que la mort ? Comment l’homme peut-il assumer des choix qui le dépasse ?… Il ne s’agit donc pas d’une suite d’anecdotes mais bien d’un livre qui veut faire réfléchir.
Mais le plus important, ce qui fait que ce livre est à lire, c’est l’humanité du Docteur Fonrouge. C’est un des livres le plus gorgé d’humanisme que j’ai lu à ce jour ; car l’auteur ne parle pas simplement de vie, de mort, de réanimation,… mais il parle surtout de respect, de dialogue et de compassion. Ed. Autrement - JM Fonrouge est décédé l’an dernier. J’espère que son second livre de témoignage sera publié un jour.
De beaux lendemains – Russel Banks
Ce roman magnifique est construit autour d’un drame : l’accident d’un bus de ramassage scolaire qui causera la mort de plusieurs enfants et la perte de ses jambes à une adolescente. Dans ce trou perdu du nord de l’Etat de New York, c’est toute une communauté qui est touchée, beaucoup de familles ayant perdu un ou plusieurs enfants. L’auteur nous fait vivre cette histoire par le biais de 4 personnages : Dolorès, la conductrice du bus depuis 20 ans, d’autant plus choquée par la tragédie que se pose la question de sa responsabilité ; Billy, le père de deux enfants tués dans l’accident ; Stephens, l’avocat new-yorkais ; Nicole, adolescente lumineuse et appréciée de tous, qui verra sa vie bouleversée par la perte de sa motricité. L’auteur traite de la question de notre rapport à la mort et à nos morts, mais aussi de la famille et de la place des enfants en son sein. Bien sûr, il y est aussi question de responsabilité et de culpabilité, le tout arrangé de façon subtile. Les personnages sont crédibles et rendent l’histoire d’autant plus intéressante que l’on ne peut s’empêcher de se demander : qu’aurai-je fait dans cette situation ? Babel
Commentaires
Si tu n'as pas vu ce superbe film, il va falloir y remédier.
Je le revisionnerai bien, s'il est sorti en DVD ?
Merci pour ces nouvelles idées de lecture.
Douja : mais c'est un complot !! :D
Ne pas oublier qu'Atom Egoyan est l'auteur de l'envoûtant Exotica :)
Heureusement qu'on est là, tout de même, pour rétablir la vérité !
Bon, d'accord --> je sors
Après Américan Darling, je me suis projetée dans de Beaux Lendemains. Celui-là aussi m'a captivée. Il décrit les personnages et l'ambiance du village d'une façon si remarquable que l'histoire défilait dans ma tête comme un film. ;-)
une ecriture qui parle direct au coeur de celui qui le lit, je suis transcendée, encore une fois, come dans l'Inespérée
Que dire de "Lettres à un jeune poète", je suis encore bercée par les mots de Rilke qui résonnent dans ma tête.
Toutes ces belles lettres qua reçues Kappus par un homme habité dune grande générosité de temps et de cur pour avoir correspondu et soutenu un homme qui lui était étranger, mais quil a su si bien analyser et conseiller afin de lui faire ouvrir les yeux sur la solitude et la tristesse qui lenvahissaient. Un véritable chef duvre. ;-D
Et enchaîner sur « Linespérée » quoi de plus beau pour entamer ce mois de juin. Tout nest que pureté dans cet ouvrage.
Encore un petit livre qui pèse par le poids de tant de beauté. ;-D
Pauline
