
Le chat dans la gorge est un court roman dont les vingt-six chapitres cernent chacun une action avec sa résolution souvent douce-amère, à la manière de courtes nouvelles. Ensemble, elles retracent l'évolution sur quelques mois de la vie d'un foyer. Un couple et ses trois enfants, Lucien, Paco et Mouna, traversent l'existence d'une famille moyenne, avec ni plus ni moins de drames que dans une autre.
Ce roman est assez surprenant ne serait-ce que dans sa forme puisqu'il est composé de courts textes à la manière d'un recueil de nouvelles. Les premiers textes m'ont semblé un peu transparents. J'ai songé qu'il fallait que j'arrête de lire Emmanuelle Urien et ses textes mordants ; je devenais cynique !
Et puis, la tension monte, d'abord imperceptiblement puis de telle façon que l'on ne peut plus ignorer les malaises à l'oeuvre dans cette famille.
Par petites touches, l'auteur fait éclater le vernis recouvrant une vie familiale ordinaire pour en révéler les tensions et autres secrets. J'ai particulièrement aimé « Forget me not », un morceau très réussi mais aussi « La tombe » qui m'a touchée à titre personnel...
On se laisse emporter par ces récits plus ou moins tendus. On se délecte en observant les réactions de ces personnages. J'ai souvent pensé à la série Nouk de Geneviève Brisac avec son style incisif qui n'épargne personne et où les enfants sont souvent plus perspicaces qu'ils n'en ont l'air...
éditions delphine montalant / 77 pages

Pour complaire à son patron qu'il vénère, Sylvain Vasseur se lance dans l'écriture. N'a-t-il pas tout pour devenir écrivain ? Tout : l'égoïsme, la foi en son talent, des admirateurs et groupies, et même un incessant soutien de la presse, peut-être quelque peu prématuré. Que lui manque-t-il, si ce n'est une œuvre ?
Pour changer un peu, je vais gâcher un peu la fête en égratignant (légèrement) un roman encensé ou pas loin. Je vous jure que je ne le fais pas exprès, même si « c'est pas bien de jurer ! ».
En vérité, j'ai voulu dès le départ comparer ce livre à l'hilarant Ecrivain (en 10 leçons) de Philippe Ségur puisque les deux livres évoquent un aspirant écrivain et son parcours du combattant. Malheureusement, le ton employé par Flipo n'est pas du tout le même que celui de Ségur et, pendant les trois-quarts du livre je me suis demandée à quel moment j'allais rire...
Or j'avais pris le problème à l'envers. Certes les deux livres ont le même thème mais pourquoi vouloir en faire des jumeaux à tout prix ? Flipo a choisi le cynisme, à mon sens, ou du moins il hésite. Une fois on le sent d'humeur à humilier son héros, la fois suivante, il voudrait faire sentir combien il est difficile de se faire publier et la plupart du temps il nous décrit comment l'aspirant écrivain peut virer à l'autiste. Tout cela m'a complètement perdue ! Je n'arrivais pas à saisir les intentions de l'auteur.
De plus Sylvain Vasseur est un personnage proprement horripilant (et je dis : « Vive Arlette ! » - ça ne devrait pas se reproduire :D), il m'a agacée tout au long du roman, il est pathétique, tout simplement.
J'ai donc le sentiment d'être passée complètement à côté de ce bouquin. Je ne l'ai trouvé ni bon, ni mauvais, juste bizarre et vaguement ennuyeux.
J'ai quand même beaucoup aimé la scène de l'émission télé qui est émouvante dans le bon sens du terme. Je crois qu'au fond les thèmes abordés m'ont intéressée mais l'intrigue m'est passée par-dessus la tête.
Le Castor Astral / 272 pages
Je retente Georges Flipo prochainement avec son recueil de nouvelles La diablada.
Extrait :
"Les seuls invités qui s'attardèrent furent quelques couples d'enseignants. Sylvain découvrit que dans cette corporation qu'il croyait connaître, on a souvent, entre les préparations de cours, les corrections de devoirs et les dépressions nerveuses, un peu de temps pour écrire un roman qu'on garde dans son tiroir, ou un essai inachevé sur une vraie réforme de l'éducation."

Je vous recopie la 4ème de couv qui est très parlante et vous éclairera déjà pas mal d'autant plus que mon commentaire personnel risque d'être un peu décousu tant il est difficile de parler de ce recueil.
F.G. nous emmène au plus profond des âmes, en des lieux inhospitaliers où, souvent, la parole est manquante, avortée ou muselée. Et pourtant, le mot est là, prêt à poindre, fulgurant, étonnant, insespéré... mot qui compte double.
Ces nouvelles sont souvent très émouvantes, elles vous prennent à la gorge et les chutes sont particulièrement réussies. Or c'est à ça que l'on distingue une bonne d'une mauvaise nouvelle car l'exercice est difficile : comment concentrer une histoire, des émotions en peu de pages tout en bluffant le lecteur ? Françoise Guérin excelle à cet exercice et m'a laissée sur le carreau nombre de fois. Ses chutes sont souvent cruelles, voire cyniques, mais parfois aussi drôles, brillantes tout simplement. J'ai particulièrement aimé "Les nattes", "Le robinet du diable", l'horrible "Grenadine", "Antoine", "Les uns par les autres", "Instinct paternel", "Les poules de pépé"... Certes, j'ai cité quasiment tout le recueil : et alors ! :D
Ces nouvelles sont incomparables les unes avec les autres parce que justement Françoise Guérin passe de la douceur à l'horreur, de l'humanisme au cauchemar et cela avec une réelle virtuosité qui fait que chaque nouvelle est comme un nouveau livre.
Je vous invite à découvrir ce livre mais aussi à visiter son blog collaboratif : Mot compte double
Quadrature / 115 pages
Recueil sélectionné pour le Prix de la Nouvelle du Scribe qui se tiendra le 16 septembre à Lauzerte (82)

Voilà un livre peu banal que j'ai découvert sur le blog d'Allie et dont le titre m'a de suite plu (par contre c'est un livre québécois, difficile à trouver. Je le prête aux membre du club des LCA de Toulouse qui le souhaitent ;-)
En quatre chapitres, l'auteur s'évertue à expliquer la véritable nature de l'hiver et tente de proposer une solution qui permettrait de traverser cette saison plus facilement.
Ce livre m'a permis de mesurer combien l'hiver canadien est au moins aussi horrible que l'image que j'en avais ! :D J'ai beaucoup ri tant l'auteur use de l'ironie. Il ne manque pas d'idées pour rendre l'hiver plus supportable au Canada et, si par malheur je vivais dans un pays à l'hiver si impitoyable, nul doute que je militerais pour l'adoption du mode de vie préconisé par Arcand ! (je ne veux pas faire partie des 30 décés hivernaux annuels !!).
C'est un livre sympa et pas inintéressant d'un point de vue culturel.
(et je milite aussi pour abolir l'hiver au mois d'août à Paris quand je suis en vacances là-bas ! :p)
Boréal / 109 pages
Extraits :
« ...la déprime ... se transforme en véritable dépression hivernale, depuis peu reconnue très officiellement par la médecine moderne. Les anglophones lui ont donné le beau titre de SAD pour Seasonal Affective Disorder ; ce qui pourrait être traduit en fançais par TRISTESSE pour « Très Réel et Insupportable Sentiment de Torpeur de d'Ennui Saisonnier Sans Espoir ».
« Quand ils parlent avec des étrangers, les gens de ce pays en sont rendus à excuser leur hiver. Ils arrivent à prétendre que leur pays est beau... malgré ses hivers. Ils affirment que la saison, après tout, n'est quand même pas si longue et que les mauvaises langues ont tendance à exagérer.... Tous les arguments sont bons pour excuser l'hiver, ce qui prouve bien qu'il est devenu une tare nationale, un embarras collectif. »
« Là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et engelures. »
« Malgré leurs très évidentes bonnes intentions, ces défenseurs de l'hiver reprennent des arguments connus et sont tous victimes d'une erreur banale mais fondamentale. Leur hiver, cette saison qui les charme et dont ils font la promotion, est un hiver de carte postale, un hiver de loisirs, de temps libres. [...] Tout indique que ces promoteurs n'ont jamais compris qu'en hiver il n'y a de lumière qu'entre 9 et 16 heures et qu'il est assez difficile de faire de la raquette dans les bois quand on travaille... [...] Pour tous ceux qui doivent se rendre ponctuellement au travail chaque matin, l'hiver demeure forcément un obstacle déplaisant... »
« Dans ce pays-congélateur où le froid est pourtant gratuit, il faut désormais dépenser argent et énergie pour arriver à fabriquer de la glace parce que nous préférons patiner à l'intérieur. »
« ... l'hiver est dur, cruel, méchant, cher et menaçant parce que nous faisons semblant qu'il n'existe plus.[...] [C'est] une forme d'aliénation collective qui nous éloigne de notre environnement. Tout naturellement, nous joignons l'ensemble de l'Occident chrétien pour entonner en coeur « I'm dreaming of a white Christmas » alors que la chanson n'a ici aucun sens. En ce pays, Noël peut être tenu pour acquis, c'est davantage l'arrivée du printemps qui est incertaine et qui fait rêver. »
