Mercredi 22 août 2007

Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.


Je ne vais malheureusement pas me joindre au concert de louanges entretenu par la plupart des bloggueurs. Certes, c'est un bon livre qui se lit facilement et qui n'est pas dénué de vertus mais il ne m'a pas semblé être exceptionnel.
J'ai apprécié le ton, la voix de Scout, sa fraîcheur. J'ai apprécié les thèmes abordés et la façon qu'a Atticus de former ses enfants contre les préjugés.
En revanche, je n'ai jamais réussi à entrer totalement dans l'intrigue, l'ensemble me semblant artificiel, voire scolaire. Harper Lee ne va pas au fond des choses et cela donne un roman gentillet, bourré de bons sentiments, y compris en le replaçant dans le contexte de l'époque. Selon moi, c'est loin d'être un roman révolutionnaire.
Pourtant, vers la fin, j'ai commencé à trouver une certaine profondeur aux propos mais malheureusement, la morale façon "comtesse de Ségur" a tout gâché !


Le livre de poche / 447 pages

Prix Pulitzer 1961

L : challenge ABC 2007
 


Extrait :

"[Les métis] sont très tristes. [...] Parce qu'ils n'appartiennent à aucune communauté. Les gens de couleur n'en veulent pas parce qu'ils sont à moitié blancs ; les Blancs n'en veulent pas parce qu'ils sont de couleur ; alors ils sont entre les deux, c'est-à-dire nulle part." [ce passage m'a fait penser à Demi-teinte de Danzy Senna, roman que j'ai adoré]
Lundi 20 août 2007


Ce recueil de nouvelles est vraiment intéressant. Sur un ton plutôt détaché, le narrateur présente diverses scènes de la vie en Bosnie au temps de la guerre des Balkans.


Il nous prend souvent au dépourvu, notamment avec ses chutes mi-figue, mi-raisin. Il semble nous dire que la guerre est un événement comme un autre, que la vie se poursuit en s'en accomodant tant bien que mal (ce n'est pas faux mais il le présente d'une façon telle que tout mélo est absent de ses propos et c'est assez étonnant sur ce type de sujet).

Il défend son peuple sans paraître patriote au-delà de toute mesure. Il présente les bosniaques comme des otages d'une guerre décidée par d'autres (là non plus ce n'est pas faux ...).

La dernière nouvelle, intitulée La bibliothèque qui évoque la fin des livres dans les flammes touchera particulièrement les lecteurs même si, comme tout le reste du recueil, elle porte un message plus fort et plus profond que les faits en eux-mêmes.


L'ensemble est à la fois déstabilisant et très réussi. Il s'en dégage un portrait de l'humanité bien intéressant et qui dépasse le cadre de la Bosnie, semblant nous dire que les Hommes sont tous les mêmes où qu'ils vivent, quels qu'ils soient...


Babel / 182 pages

 

J : challenge ABC 2007 (remplace Lidia Jorge, abandonnée...)


Extraits :


« Peut-être ne sommes-nous encore qu'un sac de chair vive qui se nourrit de tristesse, de la nostalgie des petites choses oubliées, et qui, devant les événements importants de l'existence, tressaute comme un moteur sur le point de séteindre. » (La coccinelle)


« Domo, qui vient de rentrer de la première ligne du front, ... a pleuré lui aussi, et pourtant il tire tous les jours sur ceux d'en face. L'âme humaine est sensible, il suffit de savoir pincer la bonne corde. » (Le communiste)


« Je me sens tel un moine qui ne possède rien en propre, riche pourtant de son libre arbitre. » (La lettre)


« Quelqu'un était venu, c'est sûr, avec des canons, des tanks, des avions, pour organiser cette haine-ci. » (La lettre)


« Personne n'aurait pu imaginer qu'après la visite de Mitterand, les choses continueraient à aller aussi mal. Il avait vu et, donc, il savait. Qui savait ne pouvait que souhaiter nous secourir. Quand il fut parti, les profiteurs augmentèrent leurs prix et les tchetniks incendièrent la bibliothèque, brûlant tout le savoir qui y était consigné. Cela signifiait que la vérité n'avait aucun poids. » (La lettre)


« Lorsqu'on a perdu ses illusions sur ce que représentait sa bibliothèque personnelle, on perd aussi celles qu'on avait sur la civilisation du livre. » (La bibliothèque)


« En lisant ces lignes, caresse tes livres, étranger, aie pour eux de la tendresse et souviens-toi qu'ils ne sont que poussière. » (La bibliothèque)

Vendredi 3 août 2007


C'est l'histoire de Birdie, petite fille puis adolescente, à la recherche de son identité. Née de mère Blanche et de père Noir, elle doit trouver sa place dans une Amérique où l'on aime que les choses soient claires et bien ordonnées.

Autant sa soeur, Cole, a un teint tirant sur le noir de leur père, autant Birdie passe pour une Blanche. Les métissages ont ceci de spécial qu'ils sont incontrôlables ; les gênes s'amusent à se mélanger comme bon leur semble et les résultats sont souvent surprenants. Cela va finir par creuser un fossé entre les deux soeurs. Et, tandis que les parents se séparent, chaque fille devra suivre le parent de « sa couleur ».


Birdie a beau passer pour une Blanche, elle ne s'en sent pas moins Noire ou du moins le fruit d'une double-culture, d'une double-appartenance. Entraînée dans le délire de sa mère qui se dit recherchée par le FBI, elle doit même se faire passer pour Juive, comme si les choses n'étaient déjà pas assez compliquées.


Comment vivre dans le mensonge, le déni ? Et comment trouver sa place dans la société et se forger une identité propre ? Voilà les questions auxquelles Birdie devra répondre pour faire la paix avec soi-même et avec les autres.


Demi-teinte est un premier roman très fort qui, en dépit de quelques longueurs, vous prend aux tripes et vous hante.

Puisée au coeur même du vécu de Danzy Senna, cette histoire ne peut laisser indifférent. Au-delà de la question du métissage, elle relève véritablement du roman d'apprentissage car elle parle de l'individu à la recherche de lui-même.


Je ne peux que vous encourager à lire ce roman et, quant à moi, je vais m'atteler à son second opus, Symptomatique, dès que possible.

 

Info "people" ;) : Danzy Senna est mariée avec Percival Everett dont j'ai adoré Effacement.

 

Métailié Suites / 308 pages

 

 

L'avis de mon libraire ("à lire absolument" conclut-il)

Vendredi 13 juillet 2007


Dans un bar, Mari est plongée dans un livre. Elle boit du thé, fume cigarette sur cigarette. Un musicien surgit, qui la reconnaît. Au même moment, dans une chambre, Eri, la soeur de Mari, dort à poings fermés. Elle ne sait pas que quelqu'un l'observe.

 


Voilà un livre au charme très particulier. Le début m'a pas mal déstabilisée car pour introduire chaque scène, l'auteur adopte un langage cinématographique, sans verbe, visant simplement à dresser un décor et c'est désagréable au possible. J'ai d'ailleurs eu le sentiment que le style de l'auteur dans ce livre était très différent de celui de ses autres romans que j'ai lus à ce jour.


Murakami joue, comme souvent dans ses livres, sur la fragilité du monde, de notre réalité. La nuit est propice à ce genre d'onirisme, de rencontres improbables comme celle entre Mari l'étudiante et Kaoru la gérante d'un love-hotel. Tous ces échanges et en particulier ceux entre Takahashi et Mari vont nourrir des relations éphémères mais aussi très utiles. Elles vont les aider à se renforcer, faire un point sur soi-même, tant la nuit et les relations éphémères qui s'y nouent sont-elles propices aux confidences et à l'introspection.

Mari va mieux saisir la nature de la relation entre sa soeur et elle, elle découvrira que d'autres ont des problèmes bien plus graves que les siens. Elle va grandir en une nuit plus qu'en plusieurs années.

J'ai beaucoup aimé le flirt de l'auteur avec l'univers fantastique. C'est toujours très subtil chez lui et j'aime bien sa façon de nous mettre en doute, de jouer avec le tangible.


En résumé, c'est un roman assez bizarre dont on ne sait qu'attendre mais qui est intéressant de par sa réflexion sur la société japonaise d'aujourd'hui et par son humanisme. A découvrir !



Belfond / 229 pages

 
 
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